Tentacules japonais
Les « shunga » sont des estampes japonaises datant du 18ème siècle durant l’ère Edo. Ces dessins très épurés constituaient la pornographie de l’époque en illustrant divers actes sexuels, des positions parfois acrobatiques. Un soin tout particulier (naturaliste pourrait-on dire) est apporté à la représentation détaillée des organes génitaux, souvent disproportionnés par rapport au reste du corps. Une oeuvre en particulier nous intéresse ici. Elle est intitulée « le rêve de la femme du pêcheur ».

Le peintre Hokusai nous dépeint un fantasme féminin, touchant à la zoophilie, mais qui représente bien plus que cela. Les tentacules sont en fait autant d’appendices phalliques pouvant supplanter l’unique pénis humain. La femme est ainsi comblée par un contact physique total, tous les orifices devenant potentiellement zones érogènes à remplir par la créature.
Ce concept assez simple a été utilisé à outrance par tous les hentaïs, ces mangas ou dessins-animés à vocation pornographiques. On ne compte plus le nombre de créatures monstrueuses qui violent avec vigueur grâce à des tentacules aux formes évidentes.
Ce fantasme est au final plus masculin que féminin. C’est bien l’homme qui rêve d’avoir plusieurs pénis et de démultiplier ainsi le plaisir et les possibilités. Mais c’est aussi un concept typiquement japonais. Sans doute parce que les habitants de l’archipel côtoient dans leur culture et souvent dans leur cuisine, toutes sortes de céphalopodes pêchées dans l’océan. Néanmoins, on se pose tout de même la question : de quoi rêvent les femmes de pêcheurs bretons ?
L’exemple de hentaï le plus symptomatique incluant de la pornographie tentaculaire est le fameux Urotsukidoji. Nous sommes ici bien loin de toute rêverie érotique féminine puisque l’animé fait la part belle aux scènes hardcores avec violence extrême, monstres dégénérés et bizarroïdes, et comportements sexuels déviants. L’utilisation du tentacule permet ici surtout de contourner la censure japonaise, alors très stricte à l’égard des organes sexuels et des toisons pubiennes. Rappelons que l’animé date de 1987 (déjà!) et que même aujourd’hui, il n’a rien perdu de sa violence graphique. Il existe deux versions du film, une clean et une non censurée. Cette dernière contient quelques gros plans furtifs lorsque ça chauffe. Cela reste stylisé et un peu flou. Pas absolument indispensables, ils renforcent néanmoins l’ambiance malsaine qui règne tout au long du film.
Fresque à gros budget, Urotsukidoji narre les aventures de créatures de trois mondes : les démons, les humains et les mutants, un mélange entre les deux. Si en général, les trois mondes sont séparés, tous les 3000 ans, les chefs de chaque univers se rassemblent pour se mettre sur la gueule. Typiquement nipponne, l’intrigue tourne autour de l’apocalypse qui passe par la destruction de mégalopoles, des catastrophes naturelles, en lien avec les nombreux typhons et tremblements de terre qui secouent le pays et aussi en écho avec les bombes atomiques de la deuxième guerre mondiale.
Mais avant cela, l’histoire commence de façon classique et presque inoffensive dans un lycée, où nous faisons la connaissance de Nagumo, loser et gringalet, qui en pince pour la jeune et innocente Akemi. Il va d’ailleurs jusqu’à l’espionner dans les vestiaires en s’astiquant Roland (yen a marre de Popaul). De l’autre côté, nous avons Ozaki, grand brun ténébreux et musclé, qui ne manque pas de confiance en soi et aime à humilier les plus faibles. Les personnages et les enjeux sentimentaux sont maintenant posés. Reste à définir la trame de l’éternel combat du bien contre le mal. En plus du triangle humain, apparaîssent Amano et sa chaude de soeur Megumi, deux créatures à mi-chemin entre les démons et les humains. Ceux-ci sont chargés de surveiller l’élu (le Chojin comme ils disent) et de veiller à sa protection grâce à leurs pouvoirs spéciaux. Contrairement à de nombreux hentaï, Urotsukidoji possède une intrigue élaborée et une galerie de protagonistes intéressants.
La folie débute lorsqu’Akemi est convoquée par une professeur. Cette dernière profite de son autorité pour pratiquer sur elle quelques caresses saphiques. La prof se change alors en monstre. Sur toute la durée de l’animé, le design des créatures bizarres est absolument remarquable et on ne peut plus abominable. On y trouve une galerie digne du bestiaire de H.P. Lovecraft.

Cette transformation laisse apparaître le premier tentacule visqueux, sorti de la bouche de la prof monstrueuse et muni d’un oeil en son extrémité, pour mieux sonder la sombre intimité d’Akemi. Une pluie de tentacules s’abat ensuite sur la pauvre impuissante et nous retrouvons alors la version hentaï de la peinture d’Okusai :

C’est un résumé de la scène car la version non censurée présente un découpage digne d’un film de cul et se termine par une pluie de sperme mauve fluorescent. Ca fait beaucoup pour le spectateur occidental. Heureusement, le film ne s’arrête pas là et propose ensuite un combat digne de ce nom entre démon-démon et démon-humain. C’est gore, extrême, trash, on en avalerait son popcorn.
Le reste de l’oeuvre suit toujours le même schéma tout en innovant à chaque fois et en repoussant un peu plus les limites du montrable. Un peu de romance entre Akemi et Nagumo, Ozaki devient un monstre géant incontrôlable, Akemi sert de jouet sexuel pour à peu près tout le monde et le couple de mutants Megumi/Amano se démènent pour éviter que les monstres sèment trop la panique.
Chef d’oeuvre du hentaï, porno artistique et ultra-gore, Urostsukidoji compile toutes les perversions et fantasmes typiquement japonais sans délaisser le fond et la forme pour autant. Il cristallise ainsi d’étranges obsessions dans un cocktail composé de tous les fluides corporels.
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